Les grimpeurs bruxellois sont conscients que les choix de grimpe dans notre bonne vieille capitale se limitent souvent aux diverses salles existantes. Et pourtant, il existe un lieu qui permet de découvrir les joies du Bloc en plein coeur de la ville : le Pont du Diable.

Sous un 38°C, je préfère déguster un Mojito

Pour faire de bonnes perfs, il n’y a pas de secret. Il faut s’entraîner, s’entraîner, et encore s’entraîner. Il faut bien se nourrir et savoir se reposer aussi. Mais ce n’est pas tout ! Faut-il encore que les conditions soient bonnes. Il suffit qu’il fasse un peu trop chaud, un peu trop humide, et voilà que les plats sont intenables, et que les réglettes zippent.  Ajoutons à ça une canicule jamais vue depuis 1949, et l’escalade est un sport que nous pouvons mettre aux oubliettes.

Non, mais franchement, sous un 38°C, je préfère déguster un Mojito plutôt que de m’enfermer dans un boulder-gym pleine à craquer et à la climatisation paresseuse. Parce que oui, quand on vit à Bruxelles, et que l’emploi du temps ne permet pas de partir au frais pour se remplir la tête de souvenirs impérissables et de s’user la peau sur quelques grès ou granites hérissés, nous autres, grimpeurs bruxellois n’avons d’autres choix que de suffoquer dans l’air magnésé des salles d’escalade.

The place to climb

Et pourtant, à l’intérieur même de notre capitale, il existe un petit coin de paradis pour les grimpeurs initiés, mais aussi chevronnés. Il y fait frais et sec toute l’année et même si l’on ne voit pas le ciel quand on lève les yeux, on est malgré tout à l’extérieur. C’est un petit pont qui se situe dans le parc de la Woluwe. Le cadre est intimiste et les conditions toujours au top ! Ce petit coin de paradis porte bien son nom : Le Pont du Diable.

C’est l’endroit idéal pour grimper au frais tout l’été, mais attention ! La voûte de ce petit pont est recouverte de béton projeté qui donne une qualité de préhension qui pique les doigts. Autrement dit : la peau s’use vite, mais on peut apprécier la quantité de réglettes crochetantes, de petites pincettes, d’inverses emberlificotées qui offrent un style étonnant, mais toujours d’une haute exigence. Il y en a pour tous les goûts.

Copyright @Marin Gatellier

Sous le pont, se font face deux belles lignes. La plus « facile » en 7B traverse le pont au ras du sol et s’arrête à hauteur d’un trou dans la paroi. L’intégrale, jusqu’à l’autre extrémité se situe entre le 7C et le 8A. De l’autre côté, une longue traversée sur toute la largeur de l’édifice, relève encore le niveau : 8B. Il y a aussi de quoi s’échauffer ; de part et d’autre des deux traversées, de gros blocs de pierres sont parés de petits itinéraires dans le 5 et le 6.

Certes la quantité de voies n’est pas le point fort de ce lieu à l’abri de la canicule, mais détrompez-vous, il vous faudra de très nombreuses tentatives pour arriver à bout de ce morceau de caillou. Chaque traversée a son univers propre et elles proposent chacune une quantité surprenante de méthodes et de possibilités. Après plusieurs années, été comme hiver, dans ce petit coin sombre, à brosser ses prises impatinables, je n’en ai toujours pas fait le tour. Bref pour relever son niveau et sa détermination, Le Pont du Diable est « the place to climb» tout l’été, mais aussi le reste de l’année, pour les moins frileux.

Exploser les barrières de sa progression

Pour booster mon entraînement je n’hésite pas à suspendre ma paire de poignées traction MaxGrip dans ma descente d’escalier et partout où  il est possible de les accrocher. Elles offrent plusieurs types de préhensions. De la petite réglette au bac en passant par la pince, il y a de quoi tracter à tous les niveaux. Un autre ustensile incontournable pour s’entraîner à la maison : les poutres de traction Beastmaker-1000 et 2000. L’une est appropriée à un niveau modéré (Beastmaker-1000), elle possède de nombreuses réglettes, bi-doigts et deux gros bacs ; l’autre (Beastmaker-2000), est parfaite pour un bon renforcement des doigts et des avant-bras. Elle est dépourvue de bacs, à la place, deux paires de plats infâmes, intenables, qui demanderont une assiduité intense à l’entraînement. Elles possèdent toutes deux une application smartphone pour des entraînements à tout niveau. Comme quoi, un grimpeur bruxellois, prisonnier de son planning citadin, à de quoi exploser les barrières de sa progression.

La beauté dans l’acceptation de l’échec

N’est-ce pas un peu too much, me diriez-vous ? Oui en effet, ça fait beaucoup, mais je suis partisan d’un entraînement intense qui repousse toujours les limites de l’effort, et donc du niveau. En respectant son corps, les temps de repos, en observant une alimentation équilibrée, et en s’hydratant plus que de raison, le corps est capable de beaucoup. Le seul frein, c’est le mental. Un mental de fer est motivé par la passion, qui pour moi, nait de la beauté. Ça peut faire sourire, mais je vois de la beauté dans le dépassement de soi et la découverte de l’inconnu. Je vois de la beauté dans la qualité du mouvement et dans l’expression corporelle lors d’une ascension. Je vois de la beauté dans l’acceptation de l’échec, mais aussi dans la joie qui inonde le grimpeur au passage du crux, après plusieurs dizaines d’essais. Et bien c’est là que réside ma motivation.

Ce petit Pont du Diable ne paye pas de mine ; un peu lugubre l’hiver et un tantinet étriqué face à l’arrogance d’une salle bien équipée, mais en lui réside le secret d’un miroir qui n’a de limite que votre reflet.

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