Bivouacs avec et sans surprises

Un bivouac, improvisé ou pas, peut être nécessaire dans différents contextes. Après une bonne fiesta pas tout près de chez soi, sur les quais des gares pendant de longs vagabondages, ou simplement en pleine nature lors d’une grande randonnée ou une course en montagne. Je vous l’assure: le bivouac est une garantie de beaux souvenirs!

Il y a quelques années, je vadrouillais sportivement, en partance des dolomites vers le Verdon, en prenant un cocktail de train, de bus et d’autostop. Vers minuit moins cinq mon pouce ne tenait plus en l’air et les routes désertées me firent décider de recharger mes batteries. En remontant une ruelle du petit village frontalier où je me trouvais, je découvre un super spot pour poser mon sac à dos et balancer matelas gonflable et sac de couchage par terre.

Bivouac encord+®s dans le duvet, dans une petite niche +á 400m du sol

J’adore la liberté de pouvoir dormir où je veux

La météo était clémente aux bivouaqueurs et le réveil  fût matinal quand je profitais du frisson qu’un hérisson m’a procuré en me frôlant. J’ai pu poursuivre ma route, ni vu ni connu, reposé et bien coiffé! J’adore la liberté de pouvoir dormir où je veux, seul et à l’arrache. Un minimum de discrétion est toujours recommandé, et après il vaut mieux avoir dans sa sacoche le matos adéquat en fonction des conditions, même si on aime les surprises!

Des surprises qui font parfois réfléchir et mûrir! Pendant le magnifique mois de septembre de l’année passée, avec le retour du calme dans mes vallées préférées, j’avais le projet de gravir la face sud de la Marmolada par une belle voie difficile et engagée. Avec mon ami Christian – qui a quand-même 2x mon âge – on ne se doutait pas encore que deux jours en deviennent vite trois.

On était logistiquement assez préparés: j’avais connaissance des lieux et on a fait l’approche la veille de l’ascension, puis passé la nuit dans un bivouac aménagé pour tenter en mode léger le sommet dans la journée. Nous étions bien conscients que ces 1000 mètres de paroi en escalade très soutenue et nécessitant une bonne lecture de l’itinéraire, nous promettait une arrivée au sommet de nuit.

Christian en second dans les difficiles di+¿dres gazeux de la Piussi, sur la Torre TriesteLe bivouac surprise

Cette superbe aventure ne se termina donc pas avec l’enchaînement des 6 dernières longueurs à la lueur de la lune et de la frontale; car n’est-il pas vrai qu’en montagne on ne se félicite que lors du retour dans la vallée? Pour tenter de gagner du temps, je proposais à Christian de descendre côté nord par un itinéraire direct et rapide sur le glacier, là où il est le plus étroit.

En vain, car on a vite découvert qu’on serait condamnés au bivouac surprise, le glacier était impraticable sans un équipement complet. (C’est un petit glacier pour lequel les grimpeurs expérimentés sur la face sud emportent rarement piolet et crampons, nous avions emporté une seule paire mais cela ne suffisait pas.)

Même si je connaissais la descente, il était beaucoup trop dangereux de s’y aventurer de nuit après 16 heures d’escalade non-stop. Du coup on s’est trouvé une vire rocheuse au-dessus du glacier, près du sommet! Notre rapprochement comme des amants – ou plutôt comme père et fils – et une doudoune par personne n’ont pas réussi à nous faire fermer l’œil de la nuit!

La douceur de ces souvenirs – et une semaine de repos – m’ont néanmoins fait revenir! La Marmolada, aussi appelée la reine des dolomites, m’appelait irrésistiblement et exigeait encore de moi de la sueur, de l’extase et des larmes! Cette fois-ci, pas de doutes, Marco (un ami Italien) et moi intégrions dans notre équipement, devinez-quoi: un sac de couchage par personne. Surtout qu’on prévoyait un bivouac en paroi.

Le hissage du sac pendant les longueurs les plus extrêmes et l’arrivée de la grêle nous on empêché d’arriver à la vire tant espérée. Donc on bivouaque dans une petite niche à 400 mètres du sol. On n’a pas emporté de matelas – un brin de corde chacun suffit bien – mais on avait de précieux sacs de couchage en duvet bien compacts et légers.

Une fine enveloppe de duvet

Le cr+®puscule depuis la face sud de la MarmoladaCeci fût probablement mon plus beau bivouac – au chaud! Et même si le sommeil n’était pas toujours au rendez-vous, le rêve, lui l’était! Le lendemain à l’aube on dégustait une croûte de pain dans notre sac de couchage tandis que le soleil commençait à caresser avec ses rayons les longueurs clé, juste au-dessus de nous. On attendait un peu histoire de ne pas avoir les doigts gelés.

Ouf! Les difficultés surpassées « en libre » vers le début de l’après-midi, on arrive à la vire pour poursuivre ensuite une série de couloirs-cheminées relativement faciles, mais engagés, friables et mystérieux. On salue le sommet juste avant le tomber de la nuit et vu la fatigue accumulée on décide de passer la nuit là-haut au-dessus du glacier, au chaud, dans un petit abri et bien emballés dans une fine enveloppe de duvet.

Voilà, c’est peut être dû à mon caractère de chochotte, mais j’ai pu conclure que les bivouacs surprise restent surprenants même quand on est un minimum préparé…

Une nuit d'automne en paroi dans la Cassin sur la Torre Tri+½ste

Le matériel essentiel

Les sacs de couchage en plume sont légers et peuvent nous accompagner pendant chaque sortie (au sec!). Souvent j’emporte aussi un matelas, compact ou plus solides et moins compact, tout dépend de la situation. Le matériel de bivouac léger et fiable permet de passer des nuits confortables même dans des conditions peu favorables. Ceci permet de mieux profiter de l’aventure et d’être mieux reposé pour pouvoir affronter sereinement les défis que le lendemain mettra sur notre voie!

Que ce soit en montagne, sur le quai des gares ou même tout près de chez soi!

 

   « Coups de coeur Lecomte »

Écrit par /

Pendant certaines périodes de ces dernières années, on pouvait m’appeler un grimpeur à temps plein. Les jours où je ne travaillais pas dans les salles d’escalade, j’étais soit en falaise, sinon en montagne ou en fréquentation de quelque bande d’amis grimpeurs. Dans les récits de mes aventures, je mélange toujours un peu d’épices : de l’ironie, de l’histoire, de l’éthique et de la critique. Selon moi, l’escalade peut être vécue à fond et de façon originale sans devoir chercher l’exotisme ni les degrés de difficulté extrêmes. C’est l’approche, mais aussi le style qui la rendent plus belle et qui ajoutent un point de vue artistique et philosophique au sport.

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